Escapade.

C'est tellement beau quand on ne se soucie de rien.
C’était bien à ce jour là-ci que nos yeux se heurtèrent. Une force inconnue les faisait rencontrer, et nous les lèvions simultanément comme si une affinité nous eût averties. Ce jour-là, c’était un jeudi. Un jeudi printanier, où la verdure est éclatante tel un soleil enflammé, empourpré comme par attrait vers l’univers.
Ce jour-là aussi, ce jour où l’espièglerie coquine et malicieuse s’éprend de n’importe quel individu dont l’âge n’est pas supérieur à 8ans, nous nous étions fait la promesse de devenir meilleures amies. Parce-que selon nous, un destin incorruptible nous avait liait, et avait par le même biais transgressé cette phase de connaissance vaine.
Nous étions donc deux petites fillettes de sept ans et demi, pleines d’ambitions et d’amour, et nous choisissâmes de mener moult expériences afin de ne pas oublier ces instants de pures folies qu’on vivait ensemble, si jamais Dieu aurait choisi de nous séparer, par je ne sais quelle infortune.
Cependant, notre choix tomba sur une petite excursion en montagne, en compagnie de nos parents bien sûr qui ne pouvaient se passer de notre compagnie.
En cette journée ensoleillée, le charme langoureux de la nature nous fascina. Tandis que le soleil dardait ses flammes, les fleurs affichaient leur gaieté ensoleillée, le gazon chantait sa poésie verte : un gazon où flambaient des pissenlits, où saignaient les coquelicots, où luisaient les marguerites, et où frétillaient comme au bout de fils invisibles, d’innombrables papillons jaunes.
Arrivés au faîte de la montagne, nos parents, qui étaient devenus intimes dès lors, et en si peu de temps, y posèrent leurs affaires, et campèrent aussitôt.
Et alors, tandis qu’eux étaient occupés à préparer cet exquis repas qui nous attendait aux environs de midi, mon amie Leyla  et moi nous éloignâmes.
Quand nos parents ne furent plus à l’horizon, nous commençâmes à chantonner,à fredonner d’inlassables mélopées joviales. Nous étions au summum du plaisir. Cette journée devait rester mémorable, étant donné que, aussi loin que l’on puisse s’imaginer, elle nous procurait la liberté dans toute l’acceptation du terme.
Pourtant, en s’amusant à exécuter des pas sur le même ton des chansons, Leyla trébucha soudain, et de ce fait, glissa le long de la pente. Je poussai un cri d’horreur mêlé à de l’enthousiasme. Au début je pensais qu’il s’agissait d’une de ces figures de tobogans. Mais non. Mon amie était en danger. Et la seule personne, là, présente pour la sauver était moi.
De loin, je la perçus recroquevillée sur elle-même, en demi-délire, se raccrochant à une branche d’arbre qu’elle avait par pur hasard effleurée et qui lui servit donc d’appui.
J’accourus aussiôt que je le pus, me déguisant avec cet air d’héroîne qui hante les jeunes filles de mon âge à cette époque.
Je gambadai donc, excitée par l’idée de gagner l’admiration de toute la famille une fois retournée, après que mon amie Leyla aurait relaté les faits et aurait témoigné de mon acte héroique et sensationnel qui vint à son secours.
Je lui tendis une main timide sitôt arrivée à quelques centimètres d’elle, de peur de me retrouvée engagée dans cette péripétie dangereuse en retour. Elle l’attrapa vite, et avec toute la force dont je pouvais jouir, j’arrachai cette pauvre fille de son enfer.
Elle me remercia mille fois. Mais elle avait tort de le faire, parce-qu’entre amies, merci n’existe pas. Et que ma vie, dépendait de la sienne. Et vice versa.
Voilà notre première expérience de vie commune, et si j’en venais à parler d’autres, peut-être que tout l’encre du monde n’en suffirait pas pour peindre nos interminables gloussements, et décrire nos intarissables joies et jubilations.

Une réflexion sur “Escapade.

  1. Ssbiti dit :

    Pakh!
    Magnifique, et dire que c’est l’auteur même de ces quelques lignes qui me sort :  » je ne sais plus écrire en français. « 

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