Spinoza ou ne pas Spinoza?

Ca fait tellement longtemps que je n’ai pas écrit. Et pourtant je pense que même si j’y avais songé plutôt, je n’aurais pu écrire grand chose. Je sens un vide étrange en moi, un abîme où je m’enfonce au fur et à mesure que le temps s’écoule, que les feuilles de mes cahiers successifs s’épuisent, que les murs de ma chambre deviennent las de ma présence. Plus je m’avance, plus je recule. Plus mes études ravagent mon esprit et ma force, plus la chance de trouver un refuge dans la pensée qui subsiste encore s’échappe entre mes doigts. Jamais je ne sentis un poids aussi lourd, un « mg » aussi précoce et tenace qui veuille durer, mais également une légèreté aussi inconsciente et versatile qui cède au deuil de mes anciennes réflexions et au pouvoir de ma vie désormais dérisoire. Dire qu’à un moment donné je m’offrai encore l’espoir de changer le cours des choses, tromper la monotonie des dimanches, battre l’ankylose qui me tient assiégée nuit et jour, brisant mon dos, et craquant mes os pour une note supplémentaire en maths ou en physique.
On a tous tenu à nous comparer à autrui pour  se situer soi-même, travaillé sans relâche pour atteindre nos buts. Il m’a fallu toute une année -non perdue puisque les efforts sont cependant récompensés- pour me rendre compte qu’il ne s’agissait pas de l’ambition originelle que nous nous étions fixée. Combien d’entre nous, dans le cadre du perfectionnement académique, (éducatif et social j’en viendrai) se sont comparés à de meilleurs garnements pour se sousestimer soi-même, tomber dans la bassesse de la médiocrité et l’étouffement de la régression. J’ai été sotte.

Les goals que nous choisissons doivent être indépendants et autonomes. Quand un facteur extérieur s’y mêle, ils se trouvent embués, entâchés. Nous ne courons plus aprés une idéologie fixe, nous parcourons le chemin engraissé vers l’illusion; une illusion qui souille la cause première de nos mouvements. C’est cela qu’a voulu dire Spinoza, c’est cela qu’il voulait dire par « Nous ne percevons pas les causes qui nécessitent notre volonté », seulement cette fois, il s’agit de le percevoir dans le sens inverse. Nous cherchons un Z (the goal) mais il existe un A (real cause) et un B (fake cause) de notre acte; et dans ce cas nous vivons dans la certitude que c’est le B qui régit notre A, si l’on admet que A est l’ambition première, et B l’ambition seconde altérée avec la présence d’autrui…
J’aimerai tellement faire part de ce qui me hante, mais ma nature impose le vague et l’imperceptible. Aprés tout, il faut bien généraliser! Seulement voilà, ça me ronge de l’intérieur, je voudrais le crier sur les toits, dire au monde qu’il ne faut plus songer à l’autre: car l’enfer c’est les autres, en reprenant la fameuse phrase sartrienne. Car s’il y a une chose avec laquelle je suis d’accord avec Jean-Paul, c’est bien sa détermination à affirmer le malheur que cause autrui, la souillure qu’il enduit dans les esprits et les corps…

Je sens que je me perds, mais je veux quand même qu’on comprenne mes propos, qu’on prenne en considération les faits. Ils sont là, flagrants, et dans l’incapacité où je me trouve, j’avoue avoir des difficultés à les ressortir. Je ne sais ce qui a causé cette peine pour l’instant, peut-être une anecdote du jour, ou simplement un refoulement que j’ai négligé depuis bien longtemps.
Que l’on me tranche les artères! on trouvera les séquelles de toute une année, traduites en coagulations de sang. Mes glandes surrénales trouvent désormais de la peine à dégager mes émotions violentes. Elles condamnent mon sang froid. Elles me condamnent. Mais ce ne sont pas elles, les véritables causes de mon mal. Spinoza, encore toi et ta cause première. Qu’on me sauve de cet enfer!

5 réflexions sur “Spinoza ou ne pas Spinoza?

  1. Ssbiti dit :

    Tout d’abord, merci d’avoir repris la plume pour le bon plaisir de mes yeux lol

    Je sens que tu te culpabilises de quelque chose, je n’arrive pas à trouver ce que c’est.. Le fait de t’être dévouée entièrement à tes études?

    • Kytheria dit :

      Peut-être. Mais particulièrement le fait que je me sois comparé à quelqu’un d’autre et que mon horizon était dépendant de cette comparaison. C’est-à-dire que mes ambitions n’étaient plus les mêmes. Elles se modifiaient en fonction de l’évolution de cette personne. Et puis j’ai généralisé en indiquant l’autre; puisque ça peut s’appliquer à n’importe qui.

  2. Ssbiti dit :

    déjà que parler à la première personne est une preuve de plus étayant le fait que tu te culpabilises un peu trop. Ce n’est peut-être pas de ta faute. Au système, tu trouves pas?
    à l’heure actuelle, dans nos écoles et dans bien d’autres, il faut être le meilleur pour réussir. Il faut laisser de côté ses ambitions pour mieux se concentrer sur cet ultime but qu’est dépasser autrui. Il faut que l’on veuille ou non, se comparer avec l’Autre. La concurrence est la raison de ton (fake cause). Nous n’y pouvons rien… S’en foutre équivaudrait à être un raté comme Moi 😦 S’en soucier reviendrait à devenir comme ce que tu es entrain de te juger. ( et encore! certains n’assument même pas avoir sombré dans l’erreur dont tu nous parles.)
    Courage!

    • Kytheria dit :

      Quand tu dis que certains assument ne pas avoir sombré dans l’erreur dont je vous parle; académiquement parlant c’est vrai. Mais cela n’empêche qu’au fond, un changement radical s’est opéré et il ne faut pas nier l’impact que ça a sur la psychologie du concerné. Ca dépend de chacun en fait. Il y en a qui s’en foutent, il y en a qui y accordent beaucoup trop d’attention: Je fais partie de la deuxième catégorie.
      Je me culpabilise peut-être, mais ça fait partie de l’autodidactie, surtout que je ne trouve plus le temps de le faire et ça m’enrage.

  3. Ssbiti dit :

    Changeons ce foutu système dont de pauvres esprits comme nous en sont victimes 😦 hiiiha!

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