« L’insoutenable légèreté de l’être »: Critique du roman de Milan Kundera.

Passionant qu’est ce roman du siècle! « L’insoutenable légèreté de l’être » est en lui-même tellement riche en théories qu’un misérable article me laisse perplexe sur les points fondamentaux que je devrais aborder.
L’histoire se noue autour de quatre personnages principaux qui ne sont autres que Tomas, Teresa, Sabina et Franz. L’auteur nous plonge dans un monde où l’amour est traité sous deux visions différentes: soit de façon libertine soit de façon romantique. Alors que Tomas pense ne jamais tomber amoureux d’une femme (c’est d’ailleurs pour cela qu’il adopte la règle de l’amitié érotique: soit il ne revoit plus sa maitresse au bout de trois fois après des rencontres d’intervalles courts, soit il la revoit mais à condition que l’intervalle de leur rencontres s’étende à une longue durée), il se retrouve vouant un amour « romantique » à une de ses maîtresses: Tereza, uniquement par compassion au début. Par la suite, il se rend compte qu’en réalité c’est le fruit de six hasards qui se sont rencontrés; en d’autres termes, l’enchaînement de son destin. Cependant, il perdure dans ses aventures infidèles comme s’il était de son devoir de ne pas se trahir.
Ceci dit, il se trouverait que c’est un roman qui dépasse l’entente des rencontres amoureuses. Car si Kundera traite ces aspects de façon romanesque, il ne se prive pas de profiter de l’occasion afin de dénoncer le totalitarisme. En effet, le fait que le roman soit publié en 1984 n’est pas une pure coîncidence (à noter que 1984 est un roman de Georges Orwell où il est question de régime totalitaire). Notre oeuvre se trouve trempée dans le contexte historique de l’invasion et l’opression soviétique de la Tchéquoslovaquie, période même où tout intellectuel osant défier le régime est sévèrement persécuté. Tomas s’en retrouve mêlé. Prônant la voix de la vérité et de la justice, il critique implacablement le communisme dans un article qu’il publie (utilisant à cette fin une métaphore fort adéquate inspirée de l’histoire d’Oedipe, le roi de Thèbes qui, se rendant compte qu’il avait commis une erreur sans le savoir, s’en était pénalisé), marquant ainsi les actes barbares du communisme qui au contraire, affirme oeuvrer pour le bien de tous. Tomas sera donc confrontée à une affreuse dichotomie: Conserver son métier de chirurgien mais écrire une pétition où il laissera tomber ses anciens propos, ou démissioner et rester fidèle à ses idées. Bien entendu, il choisit le chemin de la vérité, obéissant ainsi à l’ordre récurrent qu’il entend dans la sonate de Beethoven « Muß es sein, es muß sein! » (Le faut-il? Il le faut!)

Ce livre nous fait donc une analyse détaillée du versant humain à travers Tomas et Sabine qui refusent d’adhèrer au kitsch (la beauté absolue, souvent fausse et fabriquée), la trahison, et la fidèlité. Ne point trahir ses propres principes, rester fidèle à ses idées, suivant le modèle Nietzchien « Vivre dans la vérité ». Et c’est d’ailleurs ce que Kundera prouve impossible tant que la personne concernée se trouve sous le regard de l’autre puisque cela altèrerait ses actes d’une façon ou d’une autre. « Vivre dans la vérité, ne mentir ni à soi-même ni aux autres, ce n’est possible qu’à la condition de vivre sans public. »

Toutefois, Milan ne déverse pas son encre uniquement sur un monde politisé et totalitaire. Il dépeint également la beauté et l’art dans des passages précis, notamment celui de la rencontre Sabina-Teresa, le chapeau melon, la nudité, mais aussi les attentes de chacun chez le sexe opposé, les tourments de l’âme et du corps, le secret intime de chaque femme que Tomas cherche à percer durant ses ébas érotiques, et sa conquête continuelle de la gente féminine.

En définitive, la thèse du roman se déroule autour de la dualité: Légèreté et Pesanteur (libertinage vs amour, vérité vs mensonge, devoir vs désir…) Kundera prouve que l’humain ne peut vivre l’une sans l’autre. Par exemple, Tomas a cherché la légèreté dans son libertinage mais se trouve facilement imbriqué dans la pesanteur de son amour pour Teresa, tandis que celle-ci cherche un Tomas monogame, mais se tourne vers l’infidélité pour savourer la légèreté ne serait-ce que pour un court moment (même chose qu’on retrouve chez Sabina). L’auteur nous donne également une autre théorie à savourer, à savoir l’éternel retour et le libre arbitre, que l’on peut clairement percer au tout début du roman. Est-ce que tout était déjà écrit là-haut ou peut-on contourner notre destin? La possibilité de recommencer notre vie signifierait charger l’être humain d’une lourde responsabilité qui est de devoir s’appliquer à progresser dans chaque nouvelle vie, mais le fait qu’au contraire notre vie est une vie d’inexpérience, une fraîche cire sur laquelle se gravent nos actes et nos décisions sans marche arrière (de sorte que l’on ne puisse savoir si elles sont bonnes ou pas, puisqu’elles ne sont prises qu’une seule fois), ce fait-même libère l’être et lui octroie une légèreté sans pareille. « L’homme ne peut jamais savoir ce qu’il faut vouloir car il n’a qu’une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures « .

Somme toute, Milan Kundera, écrivain-philosophe, nous livre ici son chef-d’oeuvre où sa virtuosité et son génie ne cessent d’être trahis par un style simpliste en forme, mais draconien en fond, dans une intrigue romanesque où le lecteur se trouvera engagé malgré lui. Le plaisir est surtout à son comble lorsque l’auteur offre des passages de commentaires où il permet au lecteur de mieux s’approprier le texte. Cependant, cette oeuvre de génie nécessiterait une seconde lecture pour enfin percer le mystère de ses subtilités.
Je ne saurai perdre plus de temps. Bonne lecture à tous!

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