« L’étranger »: Critique du roman d’Albert Camus.

« Aujourd’hui maman est morte »; le rideau se lève sur la mort de sa mère. Meursault, notre personnage principal. Pourtant les sentiments de celui-ci ne trahissent ni tristesse ni remords. Tout ce dont il se soucie, c’est de la fatigue que lui cause la chaleur du soleil. C’est d’ailleurs ce qui va surprendre les endeuillés aux funérailles, le fils de la défunte n’y exprime aucun chagrin. Pire encore, le lendemain, il décide d’aller se baigner au port où il rencontre son ancienne dactylo Marie. Ce soir-là, il vont regarder du Fernandel et passent la nuit ensemble. Les jours d’après, il s’ennuie.
Voilà toute la subtilité du roman: un incident fatal accompagné de l’insouciance naturelle de Meursault. Camus nous expose un personnage, une psychologie, un état d’âme qui va sans cesse laisser le lecteur perplexe face à l’ambiguité voulue de l’auteur. Meursault nous livre une perception nouvelle de la société autour de lui; ses comportements -que chaque lecteur interprétera différemment- relèvent de l’absurde. Et c’est ce qui fait toute la puissance de son caractère, nous sommes à chaque instant engouffrés dans un monde où l’on ne reconnaît plus la norme. Chez Meursault, tout est dit de façon crue, abrupte. « Cela m’est égal », « Je ne sais pas », « J’étais fatigué », « Non », sur un ton sûr, indifférent, à la limite du nihilisme passif. Sauf que le naturel de notre personnage lui cause rapidement son malheur, lorsque sa vie bascule après l’appui sur la crosse: un meurtre qu’il commet avec le sang le plus froid au monde. « La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant que tout a commencé. »
Meursault se trouve alors entraîné dans l’atmosphère kafkaîenne du tribunal. Il sera victime d’un procès dénonciateur qui, à la place de le juger sur son crime, remet en surface les détails les plus insignifiants de la vie de cet homme sans histoires, et les utilise inexorablement à une fin accusatrice. C’est ainsi que le fait qu’il ait mis sa mère à l’asile à la place d’en prendre soin, qu’il n’ait pas pleuré sa mort à l’enterrement, qu’il se soit baigné le lendemain, qu’il soit allé à un film de Fernandel,…servira de motif pour inculper notre jeune protagoniste en l’accablant d’une absurdité inexpliquée. Cependant, le tribunal a affaire à un criminel étourdi et fatigué, qui se lamente constamment à cause du soleil. En effet, lorsque le président lui demande quels étaient les motifs qui l’avaient inspiré à son acte, il répond rapidement que cela était dû au soleil torride du jour dit fatal.
Ce roman recèle un mystère qui ne cessera de fasciner les lecteurs. Effectivement, chaque détail sur Mersault aide à mieux connaître sa personnalité mais intensifie en contrepartie l’impression de confusion pour leur interprétation.

Ceci dit, vous vous demandez sûrement maintenant en quoi le titre du roman est applicable au personnage principal? Albert Camus saura vous répondra en ces propos: « Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort. Le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société ou il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. »

5 réflexions sur “« L’étranger »: Critique du roman d’Albert Camus.

  1. Amine Farjani dit :

    très très bonne analyse !

  2. Narjiss dit :

    Bien joué Samia! J’ai beaucoup aimé ton analyse! 🙂

  3. Hajar (Yogi) dit :

    J’ai adoré l’explication de Camus, l’extrait que tu as repris à la fin, j’aurai adoré lui parler !!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :