« Soie », roman d’Alessandro Baricco.

Deux heures. Moins de deux heures seulement suffisent pour lire ce troisième roman de l’italien Alessandro Baricco: Soie. A l’instar d’un « Parfum » de Suskind qui ne fait que susciter des sensations olfactives tout au long de l’histoire, cette oeuvre nous baigne dans une atmosphère purement sensorielle. Une impression de toucher, une allégorie de la palpation. Pourtant cela nécessite bien plus que ce temps restreint pour comprendre la dimension tout à fait philosophique -mais imperceptible- du roman.

L’intrigue est à l’origine simple et trompeuse. En 1860, une épidémie ravage les élevages de vers à soie; la pébrine. Hervé Jancour entame une expédition périlleuse vers un Japon « à la fin du monde » afin d’acheter des oeufs sains. C’est là d’ailleurs qu’il rencontre Hara Kei, et la femme mystérieuse dont il tombe amoureux…
C’est une histoire d’amour qui vous semblera incroyablement pudique, peinte à l’aide d’un style léger mais fallacieux, car plus le lecteur sera berné par l’engouement de sa lecture, plus il négligera la subtilité des codes cachés que s’amuse à déceler Baricco. Ceci dit, l’on pourrait s’attendre à ce que le récit traite de la solution de l’épidémie en soi, mais il ne s’agit pas uniquement de cela.
A travers ce voyage, Hervé (homme qui se contente d’être un simple spectateur de son destin sans pour autant y participer « On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie »), va à la recherche de lui-même (recherche de « soi »), mais aussi de la femme qu’il avait tant convoitée en regardant impassiblement Hélène, son épouse. C’est ainsi que la mystérieuse japonaise qu’il découvre n’est autre qu’une incarnation de la conception voluptueuse qu’il se fait. En effet, il ne tissait aucun lien avec Helène -dans le sens où ils pourraient mieux se connaître- suite à leur manque affreux de communication. Ils se contentaient de s’aimer, de demeurer en surface, superficie lisse et polie: Soie. C’est donc avec la dite-japonaise qu’il va entretenir une relation distanciée, brisée par une nuit de caresses où la sensation de soie dans son sens le plus érotique nous fera tressaillir.

Alessandro nous peaufine une construction narrative qui rythme le texte comme s’il s’agissait d’une oeuvre musicale. Il m’a même semblé que la narration des allers-retours d’Hervé entre la France et le Japon n’était qu’une autre sorte de chorus littéraire qui rafraîchit le tympan « visuel » du lecteur. Mais il suffit de relire ces passages pour s’apercevoir que l’auteur nous expose des variations que seul le lecteur le plus averti saurait repérer. Cela peut vous sembler un jeu d’enfant, mais des expressions légèrement nuancées s’avèrent utiles pour mieux appréhender l’oeuvre.

Imprévisible, la fin est poignante. Je ne m’attendais pas à ce qu’un roman aussi court soit d’une telle force, s’imposant de la façon la plus discrète qui soit… Seulement, vous ne vous en rendrez compte qu’une fois la dernière page retournée, un petit rictus de nostalgie sur les lèvres.

Une réflexion sur “« Soie », roman d’Alessandro Baricco.

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