« Un Roman Français » de Frédéric Beigbeder… qui n’est pas vraiment un roman

Je ne suis pas une amatrice de biographie -hormis le fait que j’en ai lu assez-, et ceci pour une simple raison: c’est que dans la plupart du temps, la vie d’un écrivain n’a rien d’extraordinaire, mais il s’efforce de l’ornementer, de la parer de mille exubérances afin qu’elle soit unique et ceci sans compter le degré de nombrilisme dont elle saura témoigner: tout ceci dans un cadre des plus ennuyeux (vous savez dont je parle: ces longues descriptions qui ne servent qu’à élargir les phrases, alourdir les mots, quadrupler les pages…). Et cependant je ne crois pas m’être rendue compte que la vision du lecteur diffère radicalement de celle de l’auteur même de cette biographie. Le lecteur y verra ennui et banalité, tandis que l’auteur y verra extravagance, importance suprême, écho signifiant dans les différents actes de sa vie.

Au fur et à mesure que je lisais ce livre, je prenais soin d’écrire quelques petites notes dans mon carnet. En comparant maintenant la connotation de mes notes au début avec celles de la fin, je constate un réel changement de goût. J’avoue qu’arrivée à une centaine de pages, l’idée d’abandonner ma lecture m’a traversé l’esprit, mais mon désir de finir tout ce que j’entreprends continue à me faire spasmer, tels des chocs éléctriques.

C’est un roman inspiré de la garde à vue (très médiatisée) de l’auteur lorsqu’il a été arrêté pour consommation de stupéfiants en voie publique. Frédéric en profitera pour ressusciter une mémoire profondément enfouie, dépoussiérer ses souvenirs, ressasser son passé et son enfance tout en remettant en cause une amnésie qui s’avèrera être une simple excuse. C’était aussi l’occasion pour notre français de citer les conditions inhumaines de son incarcération et faire le réquisitoire d’une France qui ne respecte pas les Droits de l’Homme. Cependant je n’y voyais rien d’inhumain au semblant…(il devrait avoir honte de dire ça au prisonniers qui subissent les pires châtiments qui soient) Je suis tout aussi étonnée de voir qu’il s’insurge contre sa garde à vue alors que je trouve son motif, socialement parlant, scandaleux. S’emporter dans une diatribe impertinente contre le procès français de la sorte, relève d’un esprit naîf et irréfléchi. (Ce qui ajoute à la faiblesse de sa thèse qui manque fatalement d’arguments).

Ceci dit, et d’un autre côté, j’ai remarqué que Beigbeder a mûri sans rentrer dans l’obscénité comme ça a été le cas dans ses précédentes productions (en effet, en remarquant la date de parution d’Un Roman Français (2009), on remarque que l’auteur a pris du temps pour changer). Il dévoile toutes ses cartes en s’exhibant avec une touchante sincérité devant ses lecteurs. Néanmoins, on sent clairement chez lui un degré de complexité bourgeoise. Il a la plume facile et conserve un humour mordant: un vrai régal!, à savoir quelques commentaires excellents qui font vibrer de désir. C’est grâce à cela qu’il nous relate un récit familial (noyé dans les émotions, les troubles, les réflexions) qu’on peut critiquer dans la mesure où l’on a affaire à une pseudo-crise d’adolescence, une superficialité immature: descriptions inutiles parfois et quelques aveux dénués de profondeur. Seulement, il faut témoigner à Beigbeder de son effort considérable pour prendre du recul, faire un marche-arrière tantôt douloureux et tantôt agréable, l’aidant à se retrouver alors qu’il avoue lui-même n’avoir vécu jusque là que le moment présent.


Dans Un Roman Français, j’ai l’impression de lire l’âme de l’écrivain, de ressentir une enfance qui, malgré l’ironie qu’il emploie pour la décrire, est d’un tempérament plutôt triste non pas pour les événements qui la constituent, mais pour les liens de sang qui s’y flétrissent. Une duplicité, une dichotomie de choix, un partage entre deux géniteurs (divorcés) qui ont fait de sa personnalité un terrain de dualité refoulée. Au fil des pages, j’apprenais à juger Frédéric en tant qu’homme, en tant qu’âme vivante et sensible se cachant derrière l’alignement de ses mots, j’apprenais à l’évaluer en faisant fi de son langage à caractère drôlatique mais souvent choquant, son air indifférent et un tantinet immoral. Il le dit lui-même, il appartient à cette génération des années 70 des romantiques qui se prétendent blasés, des ultrasensibles qui se défoncent pour avoir l’air indifférents. Il m’a surtout touchée en abordant sa fratrie, ses liens à l’apparence inexistants avec son frère Charles mais qui ne révèlent rien de l’amour qui les unit, la dualité aîné-cadet, sans oublier les confessions qu’il fait à sa mère, et l’éloge à l’effigie de son père. A part cela, les évènements successifs durant son garde-à-vue sont les seuls autres véritables accrocheurs -il me semble que c’est là que réside toute l’action du roman, car a priori, son enfance n’a rien d’extraordinaire; combien de parents sont divorcés et d’enfants partagés entre deux vies?

J’ai lu ce roman avec agacement au début, mais mon intérêt grandissait au fil des cent dernières pages. Un Fréderic Beigbeder énervant par moments, mais il suffit de lire entre les lignes pour comprendre qu’au fond, il y a encore de l’amour, de l’âme.

Une réflexion sur “« Un Roman Français » de Frédéric Beigbeder… qui n’est pas vraiment un roman

  1. Ssbiti dit :

    il est immature, chiant, énervant, ennuyeux, agaçant et tout ce que tu veux encore… mais cela reste en tout état de cause, le Frederic Beigbeder. Tu le juges d’irréfléchi? Oui il l’est. Ces propos sont irréfléchis comme son style d’écriture, mais tout ça, ne l’empêche pas de produire des somptuosités, de s’inspirer des plus grands écrivains (camus, etc) et aussi d’en vendre !
    Il faut savoir l’apprécier, et je pense personnellement que les livres et romans de Frederic ne sont pas fait pour la critique, pour un décorticage complexé! Ils sont au dessus de ça, vu que c’est tout d’abord un plaisir de le lire…

    à ne pas oublier : FB est aussi un critique! une très bon!

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