Troisième Session: L’Hôtel de L’Espérance.

Voici mon texte soumis à l’atelier de l’écriture de Leiloona qui s’inspire des photos de Kot². (qui normalement devrait être publié lundi)
PS: Et si quelqu’un souhaite savoir de quoi il s’agit, rendez-vous ici

Une balle. Un tir…. Puis tout est mort. Tout est fini. La vie était un jeu perdu d’avance.

Verloren tenait toujours le pistolet entre les mains, le gardant toujours en joue, et le braquant sur la silhouette corpulente qui gisait à ses pieds. L’instrument de meurtre était immobile, rien n’aurait autant prouvé le souffle coupé de la jeune mondaine. Retenant sa respiration, elle se demandait encore ce qu’elle venait de faire, incapable de réaliser la cruauté de son acte, et pourtant une heure plus tôt, elle était on ne peut plus convaincue de son choix. Elle tâtait les contours froids de la gâchette, les paumes en sueur. Un frisson soudain parcourut son crops frêle. Une sensation extrême? Un désir assouvi? Elle ne savait plus. Il semble qu’on veuille tellement en finir avec certaines souffrances que, sitôt la tâche achevée, il en émerge d’autres encore plus poignantes. Chercher le réconfort dans le supplice, voilà ce qu’était la quête humaine.
Tu n’aurais jamais dû Mephisto, tu n’aurais jamais dû me trahir…

Des goutelettes d’horreur suintaient fébrilement sur son front. Son visage immaculé était maintenant souillée de sang, sang de son amour et seule empreinte de leurs longues et fougueuses étreintes. Ses joues vermeilles luisaient à la sombre lueur de la chambre 434. Les fenêtres laissaient entrer une odeur de marécages: un mélange de mousse et d’humidité qui lui faisaient vibrer les narines. Le bruit du feuillage lointain parvenait à ses oreilles telle une douce mélopée qui rassurait son crime. Elle eut un rictus de nostalgie. Ces nuits clandestines passées dans cet hôtel avec Méphisto, sa main sur son épaule, et la main de l’homme sur la taille de la jeune femme, dansant sur les notes d’un Shumann et d’un Chopin au summum du romantisme. « Tu es ma femme, mon unique, mon seul amour », lui avait-il chuchoté à l’oreille, en effleurant ses cheveux mordorés. Il l’avait embrassé sur le coin des lèvres, doucement déshabillée, et ils firent l’amour toute la nuit durant. Jamais ils ne s’étaient engagés en un tel labyrinthe d’émotions, de sensualité et de désirs charnels. Elle avait tout laissé tomber pour lui, même sa famille l’avait reniée. Seule la promesse d’un amour éternel lui laissait un brin d’espérance dans la vie. Comment en étaient-ils arrivés là? Pourquoi diantre les choses tournaient-elles toujours dans le mauvais sens?

Eprouvant un haut-le-coeur à la vue de ce cadavre inerte qui s’étalait sur le sol, blême et sanguinolent, elle réussit enfin à fermer les yeux pour s’épargner ce paysage délabré, ce coup fatal que reçut son destin. Blessée dans son amour propre, elle ne put s’empêcher de voir tout l’édifice de ses idéologies s’effondrer comme un amas de béton qui s’écroule. Des larmes de regret se détachèrent de ses cils. Pathos. Il était trop tard maintenant. Inutile de remâcher son sort. Un monde platonique n’existe que dans un monde platonique, c’est-à-dire n’existe pas. Il était temps de devenir réaliste, car la réalité au moins est franche; elle ne se soucie pas de vos sentiments et se contente de vous livrer la vie comme elle est, tandis que le rêve et les espérances vous inoculent le poison du bonheur fictif, et l’on y croit, l’on y croit à l’aveuglette, comme ce pauvre vieux ratatiné qui ne compte que sur sa canne de dandy pour le mener.

Alors, seule, repoussée par les siens et désespérée, elle se résolut enfin à s’enfuir, laissant derrière elle la preuve irrémédiable de son existence. Mephisto, son seul amour.

A la sortie de l’hôtel, elle se retourna pour voir l’écriteau.
Hôtel de l’Espérance? Qu’entendent-ils par Espérance au juste? 
Enfin, lâchant un soupir de lassitude, Verloren s’en alla pour ne plus jamais revenir.

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10 réflexions sur “Troisième Session: L’Hôtel de L’Espérance.

  1. mathylde dit :

    J’aime beaucoup l’ambiance créée par ton texte ! 🙂

  2. Jean-Charles dit :

    Un climat de roman noir bien emmené !

  3. Asphodèle dit :

    Hou ! Ton texte retrace à merveille ce qui peut se passer dans ce genre d’hôtel… bien vu ! 😉

  4. Leiloona dit :

    Ah oui, on est tout de suite dans l’ambiance. Cet hôtel vous a inspirée ! 😀
    (Je refais un billet avec tous vos liens. Désolée de ne commenter que maintenant, j’étais sur la route aujourd’hui.)
    A demain, pour la nouvelle photo ! 😉

  5. maha95 dit :

    Reblogged this on Beginningoftheendblog and commented:
    Ajoutez votre grain de sel personnel… (facultatif)

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