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LETTRE A DIEU


« Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. » Baudelaire.

 

Dieu,

Je ne vous écris cette lettre ni pour me repentir, ni pour célébrer votre grandeur, car je pense que ces deux choses là sont de l’ordre de l’intime. Et il n’appartient qu’à moi de juger de mes fautes et de percevoir votre être. Car aussi longtemps que les gens traiteront de leurs fois et intimes convictions, cela ne changera en rien la perception de chacun. Les questions de croyance n’ont point lieu d’être brandies ni discutées, car elles relèvent du propre à l’Homme, de sa relation à votre égard.
Personne ne peut donc juger de la manière avec laquelle je vous aime, et celle avec laquelle je vous conçois dans mon esprit.
Et de la même façon  que vous connaissez ce qui me froisse, ce qui m’attriste et ce qui préoccupe, vous seul êtes en mesure de savoir ce qui m’égaye et me réjouit… ce qui se cache derrière mes intermittentes crises existentialistes, ou derrière ce sourire discret que je déploie pour fuir toute explication de mes inclinaisons.

Mon Dieu, quelle est donc cette nouvelle conception qui veut que vous soyez aussi comparable à ce pusillanime être qu’est l’Homme, que votre esprit soit aussi restreint que le sien, et que votre façon d’agir soit tout aussi mesquine?

Après tout, l’Homme n’a-t-il pas crée l’image de Dieu à son image pour ainsi se glorifier lui-même ? De Poséidon à Zeus, d’Apollon à Arès, d’Hadès à Hermès… Tous ces corps corpulents et massifs pour vanter leur force éphémère… Tous ces grands esprits faillants qui ne cessent de choir à chaque prise de décision.
L’Histoire nous apprend bien des choses sur ce sentiment intuitif qu’a l’Homme de constamment chercher l’occasion de te dresser à son effigie.
Mais,… oublions nous l’essence même de ton être ? Un être transcendant toute pensée humaine… Tout entier tout ce qui est. Cette présence que l’on ressent à chaque battement de cils, à chaque pulsation de cœur et à chaque mouvement que l’on ose.
Quel est donc ce faux entendement de mes compatriotes qui ne cherchent qu’à vous associer à telle ou telle religion, à telle ou telle apparition et je ne sais encore quelles autre billevesées? Encore une fois, l’Homme a tellement sombré sous le poids de son nombrilisme pour faire valoir ce en quoi il croit, tuant ainsi ses semblables et châtiant ceux qu’il juge mécréants et désobéissant à ses dogmes.
Qu’est-il advenu de ces Hommes qui ne voient désormais en toi qu’un être Vengeur et Châtiant ? Nous avons été tellement, tellement endoctrinés que nous ne remettons même plus en question nos aptitudes critiques face à ce que croyons révérer. Mes amis, Concevez vous l’idée qu’un être limité puisse succomber à une punition éternelle ? Avez vous seulement établi cela ?
L’Homme aujourd’hui, se permet de juger son prochain selon son propre entendement. « Si tu pries, si tu suis tes 10 commandements, si tu fais ceci, si tu fais cela (la liste peut très bien s’étendre, prenez note, car il ne reste plus grand chose pour que l’on prenne cela pour une ordonnance médicale), tu seras récompensé par les biens de Dieu, sa bonté et sa miséricorde. Mec, si t’es même hyper calé, tu auras même accès à mille et une vierges au Paradis. T’imagines l’effet que ça fait ? Tu mangerais à ta guise et n’aurais jamais faim (pourquoi manger alors ?), tu boirais le vin rouge, blanc et multicolore et t’engourdirais les jambes sur les plaines et les merveilleuses contrées sans jamais t’ennuyer de ce voyage… Cependant, si tu pêches, désobéis et enfreint les règles divines, Le Seigneur réserve tout un Enfer spécialement arrangé pour ta personne, une fournaise bourrée d’horreurs, de tortures, de supplices, de calvaires et de géhenne, où tu devras périr le restant de ta vie. »

Et l’Homme, en conséquence, adopte une des trois attitudes ; 1- soit il se plie devant cette ubiquité de jugement et se soumet à votre Grandeur par peur, crainte et appréhension (instinct de survie, cette foi éternelle), 2- soit il adopte cette sorte de schizophrénie chronique qui veut qu’il pêche sans répit, mais en même temps porte en son cœur une crainte qu’il n’arrive à surpasser. Car, après avoir désobéi, tout lui semble perdu d’avance et il ne pourra donc se repentir car vous, Grand et Châtiant, lui réservez son tourment, 3- soit tout ceci lui semble être un canular et demeure indifférent à ce culte vulgaire et absolument irrationnelle que l’on vous voue.

Mon Dieu, vous comme moi savons que j’appartiens à cette troisième classe. Cependant, il importe d’éclaircir cette position. Point dans le sens où je compromets votre existence, mais plutôt dans le sens où l’Homme a vulgarisé le sens premier de la nôtre à tel point que tout ce qui importe désormais est cette dichotomie : Paradis/Enfer.

Non. Cette conception ne me satisfait guère.

Mon Dieu, je ne suis point venue au monde pour te rendre des comptes sinon pourquoi existerais-je si ce n’est pour que l’on s’adonne, vous et moi,  à un jeu de penalty et que vous m’accordiez, sur votre petit journal intime, un point à chaque tir que je marque, et m’en retirez un à chaque tir que je rate.

Mon Dieu, mon dessein sur cette Terre est de me connaître, car l’être le plus inconnu à l’Homme est lui même… et pour ainsi savoir ce que je suis et ce que je suis en mesure d’être, je vous cherche constamment et questionne continuellement votre instance. De façon à ce qu’à la fin, vous et moi ne formions plus qu’un.
Je voudrais respirer à travers vous, je voudrais parler votre langue, et je voudrais marcher par votre élan. C’est en me détachant de toutes ces mondanités que j’espère enfin me retrouver car dans le détachement et le renoncement retrouve-t-on enfin un sens à tout ce qui régit l’être.
Que m’importe-t-il de me mêler à ces gens dépourvus de sens et de criticisme rationnel, personne donc ne satisfait ma soif si ce n’est moi même dans ma quête et ma résolution à percer votre mystère.
Je me fous bien de la religion de l’Homme si celui-ci se contente de lire littéralement ses œuvres comme condamné à passer son brevet, ou alors me dicte ce que je devrais ou ne devrais pas faire. Car comment toi, misérable Homme, saurait ce qui est bon ou mauvais pour moi ? Laisse moi te dire, mon ami, que j’estime qu’il y a autant de religions (y compris l’athéisme) que d’hommes sur cette planète. Car ma conception de Dieu est différente de la tienne et ma conception de la religion est tout aussi distincte. Nous ne nous mettrons jamais d’accord sur l’intégrale de nos croyances… car ce qui me différencie de toi, c’est ce par quoi je pense et ressens.

Je suis souvent surprise par tant de gens que je croise, et qui ne savent véritablement pas ce pour quoi ils existent sinon qu’ils me donnent des raisons tout aussi banales que leur travail, leurs enfants, ou peut être même leurs propres jouissances.
Au moment où j’écris ceci, la musique ahanée troue mes oreilles, le discours incessant des journalistes transperce ma chambre… Et puis tous ces gens que je vois accourir vers je ne sais quelles destinations, ces gens que je vois aussi de par ma fenêtre, les uns s’embrassant et s’enlaçant, les autres marchant je ne sais où, d’autres s’adonnant à un instant d’oisiveté inexplicable, ayant pour seul compagnon leur cigarette brûlante qu’ils regardent vaguement, comme si elles retraçaient le chemin vaseux de leur être…

Je vois tout cela et je me demande s’il leur arrivait de réfléchir un jour, de penser au comment du pourquoi de la vie. Je sens que nous vivons dans un monde qui nous submerge et nous transporte dans le tourbillon incessant de ses entrailles. Plus les siècles passent, plus nous sommes aspirés dans ce ventilateur interne où grouillent et fourmillent l’essentiel de nos pensées. Pensées qui ne sont point orientées vers les réponses que nous aurions à nos questions, mais plutôt aux préoccupations insignifiantes qui mettent les points sur ce derrière quoi nous courons chaque jour.
Nous pourchassons quelque chose d’invisible qui semble être tellement importante à nos yeux, alors qu’à la fin des jours, lorsque nous dresserons le bilan de notre existence, seul cet « A quoi bon ? » nous pendra aux lèvres, alors que notre âme se bat pour lâcher le dernier souffle…

Mon Dieu, je vous écris cette lettre parce que je ne veux point mourir sans me connaître, sans parvenir à vous, et sans que vous et moi ne faisions plus qu’un.
Je voudrais qu’à la fin de mes jours, je puisse rendre l’âme, le sourire à la bouche, car j’aurais enfin percé votre mystère.
Je n’aurais plus peur ni du Serpent abracadabrant qui viendra me larder dans mon cercueil, et ne me réjouirais pas non plus des bonbons potentiels que je suçoterai dans votre Paradis.

Mon Dieu, je n’ai point peur de vous, mais je vous aime. Je vous aime comme un amant languit pour revoir sa bien aimée. Je vous aime comme un musicien qui entretient une relation presque intime avec son violon. Et à mesure qu’il joue sur ses cordes, tout semble se détacher de lui. Plus rien ne semble exister tout autour. Seul la mélodie qu’ils exercent ensemble déchire le ciel. Tout le monde écoute et se meut dans cette chorégraphie de bonheur. Toutefois, seul l’artiste et son instrument sont en mesure de se comprendre, car cette litanie sonore n’a de sens que pour eux.
Mon Dieu, vous êtes ma romance et vous n’avez de sens que pour moi. Tout ce que je désire aujourd’hui, c’est ce nirvana où j’enhardirais de la mélodie de nos chants.

Let the music begin.

PS: Cet article s’inscrit dans la continuité de « Lettre à Dieu » de Mahmoud, qui a lancé l’initiative. Pour visionnez la sienne, cliquez ici

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La calomnie de l’évènement « Nod T9ra » à la Place de la Poste, Rabat le 29 Avril 2012.


Vous ne pouvez pas savoir toute la honte que j’éprouve maintenant. Le mépris que je porte vis-à-vis de moi et de ma niaiserie.
Je ne sais plus par où commencer. Toutes mes idées se chamboulent, s’entre-mêlent en concerto confus. Je ne comprends plus rien et je doute de tout. Des noeuds qui se forment et que je m’efforce de dénouer contre mon gré.
Cette honte que je ressens, elle est double, et double mes peines.

Aujourd’hui, 29 avril 2012, était sensé être le jour où le collectif « Nod t9ra » (que je viens à peine de découvrir il y a de là deux jours), devait prendre place dans chaque ville au Maroc, à partir de 17h. J’avais lu qu’à l’occasion de la journée internationale du livre, l’évènement regroupait des jeunes avides de lecture dans un même endroit, chacun un livre à la main. Et l’on se mettait tous à lire : manifestation de notre savoir boulimique et promotion de la lecture.
Cependant, J’avais commis la fatale erreur de ne pas m’instruire sur l’origine du collectif et de son historique. Et croyez-moi, je suis en encore trop fatiguée pour en faire autant.

A 17h, ma mère me déposait au pied de la grande horloge de la Place de la Poste.
– Mais il n’y a personne… est-ce que tu es sûre que c’est bien là que se tient votre évènement ?
– Mais oui maman
– La Place est pourtant bardée de gendarmes, de policiers et de « merdates », me dit-elle. Tu es sûre qu’ils n’ont pas annulé ça ?
– Mais non, maman, c’est Dimanche rappelle toi, les étudiants font grève devant le parlement…

Je traverse la route en me demandant pourquoi diable la Place en question était aussi déserte. Sur le chemin, on me regarde avec des yeux inquisiteurs.
«Il n’est pas encore temps de sortir mon Nabokov, me disais-je. Attendons un peu qu’il y ait des gens qui se manifestent »
Les bancs étaient encore tous vides. J’entrais dans ce terrain comme on entre en terre inconnue. Il régnait une atmosphère louche, pour le moins lugubre, que je commençais déjà à douter de la date exacte de l’évènement en question. Je m’adossais à un banc et regardais autour de moi.
De temps à autre, un policier/gendarme me jetait un regard en biais. Devant moi, un gardien me fixait de l’œil. Je me sentais mal à l’aise.
Pour pallier à ma solitude, j’appelai mon amie M. On était sensées y aller ensemble. Sans réponse.

J’ai attendu. Au bout de dix minutes, la Place était toujours déserte. Il y avait bien sûr quelques femmes venues avec leurs enfants, mais rien qui ne me fasse signe qu’elles venaient pour cet effet.
Le doute me gagnait. S’était-on simplement foutu de notre gueule, nous autres lecteurs qui impatients de sauter sur l’occasion dès qu’elle se présentait ? J’ai eu le réflexe du journaliste moderne. J’ai pensé à prendre une photo de la Place rasée pour me révolter contre cette fourberie plus tard. Ce n’était plus qu’une question de temps.
Je commençais à m’impatienter.

J’ai rappelé mon amie M. Elle décroche.
– C’est Samia. T’es où ?
– J’arrive dans dix minutes. Je suis coincée dans un embouteillage là.
– Cool. Paraît que c’est désert là. T’es sûre que c’est aujourd’hui ? je me suis pas trompée j’espère ?
– Oui, ils ne vont pas tarder à venir je crois.
– D’accord. A tout à l’heure alors.

Ne pas tarder à venir ? Il était 17h15, l’évènement commençait à 17h. Ok.

J’attends encore quelques minutes qui me semblent durer une éternité.
J’aperçois aussitôt un jeune homme et une jeune femme prendre place de l’autre côté de la fontaine. L’homme déploie son journal. Je me demande ironiquement : Les journaux aussi font l’affaire ?
Je détourne mon regard. A un mètre de moi, un homme chancelant me faisait face. Il avait l’air porté par une quelconque substance narcotique et me regardait sans ciller. Il s’avance vers moi, me demande un sou.
Je lève la tête, « lay sehel, je n’ai rien sur moi ». Je baisse les yeux.
Le gars se met à me raconter l’histoire de sa vie. L’Allemagne, la faillite, l’expatriation, le retour au bled, la maladie…
– Je ne suis pas d’ici, aidez-moi au moins…
– Je ne suis pas d’ici non plus.
– Ah bon ? Vous êtes d’où alors ? Vous faites quoi ici ?
J’attrape mon sac, en retire mon Nabokov et je commence à lire en faisant la sourde oreille. Je sens son regard me submerger, et, un instant après, je le sens se soustraire à ma vision.
Quelques minutes après, je relève la tête, je m’aperçois que l’homme et la femme ont disparu.
Sur un banc adjacent cependant, j’aperçois deux garçons, chacun un livre à la main.
Mais très vite, je me rends à l’évidence qu’un homme les interpelle. Il s’approche d’eux. Je ne sais ce qu’il leur rabat à l’oreille, mais en tout cas, je voyais des yeux incrédules, écarquillés, l’un d’eux levant les mains au ciel comme s’il était  sur le point d’être arrêté.

Je ne comprends pas. Je baisse la tête, de peur que l’on s’aperçoive de ma curiosité déplacée.
Deux minutes plus tard, je vois l’ombre d’un homme qui s’avance rapidement en ma direction. Il me semble que c’était le même individu qui avait interpelé les deux garçons.
– Noudi ntya, noudi men hna, me crache-t-il sèchement.
Suprise, puis indignée par ce manque de tact, ce ton de vois à monadresse, je lève des yeux foudroyants et inquisiteurs.
– Ila kanete 3endek chi 9raya, siri ldarkoum ou 9ray li fidek, hadi machi blasstek.
Il ne prenait même pas la peine de me regarder dans les yeux. Dans sa main, il tenait un caméscope  en marche, et de l’autre, il me pressait de m’en aller.
– Mais que… ?, je commençais, alarmée.
– Toi ? Une intellectuelle ? (ces propos étaient dis en français). Non mais tu te fous de la gueule de qui ? Si tu étais une intellectuelle, tu saurais qu’aujourd’hui n’est pas la journée internationale du livre, alors siri f7alek.
– Mais qu’est-ce que vous rabâchez ? Wach j’ai besoin d’une journée internationale du livre pour tenir un livre dans la main ?
– Choufi a lalla. Wach nti ded lmalik ? rah chefnak tu as pris des photos et tu as appelé je ne sais qui. Daba tu vas m’écouter. Tu t’en vas tout de suite et tu désertes l’endroit, sinon le pire est à venir. On t’a filmée, tu seras suspecte. Siri f7alek ou 9ray li fidek. Key bane alik bente n9iya, khellik b3ida 3la hadchi.
– Est-ce que je peux au moins connaître la raison de.. ?
Il me foudroie du regard, se retourne pour faire ses signes à quelques gendarmes non loin.
C’est le déclic.
Je comprends tout.

Je n’ai plus besoin d’explication, je prends la décision de déserter l’endroit en lui lançant par-dessus l’épaule : Je suis venue lire, lire uniquement.

Je me nois dans la foule qui fourmille tout  au long de l’avenue Mohammed V. J’ai la gorge serrée par tant d’amertume et d’humiliation. Tout est flou dans ma tête. Je comprends tout et je ne comprends plus rien, j’ai envie de crier cette fourberie et en même temps le silence est mon ultime refuge.
Mon téléphone vibre. C’est M.
Je n’ai pas envie de répondre. J’ai envie de me fourrer le visage dans l’abîme et ne penser à rien pendant une bonne dizaine de minutes. Faire le vide dans ma tête.
Pourtant je raccroche.
– M., ce n’est plus la peine de venir, j’ai quitté les lieux.
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Un gars m’a dit que ce n’était pas aujourd’hui.
La première chose qui m’était venue à l’esprit : Motus et bouche cousue sur l’affaire.
J’avais un peur bleue. Ce n’était ni le moment ni le lieu d’en parler.

Plus maintenant. Car désormais je sais que moi et plein de mes semblables se sont fait avoir par cette stupide calomnie de dite « promotion de la lecture et du livre ».
Tous les doutes qui s’amoncelaient en miscellanées dans ma tête recollaient au fur et à mesure pour résoudre le puzzle auquel j’étais confrontée. Tous se rejoignaient. Tous se confirmaient.
Depuis quand la lecture était une manifestation d’une contre-volonté de la monarchie ? J’étais uniquement une jeune lycéene de 17 ans venue partager un moment de plaisir avec mes concitoyens amoureux de la littérature et je me retrouvais impliquée dans une affaire d’ordre essentiellement politique.
Cet homme, cet agent déguisé en civil, ainsi que plein d’autres étaient venues remettre l’ordre là où il n’y avait d’anarchie, dans ce qui semblait être une place où se donnaient rendez-vous des jeunes qui voyaient en cette occasion un moyen de faire part de la sphère culturelle du pays.
Cela voulait-il dire que nous étions 20-fiévristes ? Mon Dieu que je m’indigne. Je bouille d’intérieur. Je boude cette loi dévastatrice qui n’existe que pour faire régner l’ignorance.

Je commence même à douter de cet homme délinquant à l’apparance. Maintenant que j’y pense, n’était-ce pas seulement un stratagème mis au point pour voir le motif de ma présence ?
Le fait aussi que je n’ai été interpelée à l’avance, lorsque j’avais encore les mains vides… Les agents de sécurité avaient reçu des instructions fermes. Cet homme et cette femme qui avaient disparu soudain après ma conversation avec le monsieur…
Je comprenais tout. Les agents les éliminaient un à un, de peur de se retrouver avec un collectif entier sur le dos, et ce serait déjà trop tard. On soupçonnait quelque chose.
Ma foi, je me rappelle le visage blafard de ce garçon qui ne comprenait rien non plus. Je n’étais pas la seule.
Mais je m’en voulais d’avoir été aussi sotte. Quelque chose se tramait depuis le début. Je m’en voulais.
La stratégie de l’agent habillé en civil. Faire passer son message tout en ne me laissant aucun temps de répit pour questionner son empressement, son ton qui laisse tout à remettre en question. Cette stratégie fatale d’intimider vos interlocuteurs par la force, les faire douter d’eux-mêmes sans même éclaircir leur ignorance. J’ai trop longtemps sous-estimé les forces armées marocaines, mais je vous dis maintenant que j’ai eu tort.
Je n’ai jamais aussi paniqué qu’à ce moment là. C’était comme se faire accuser violemment et ne savoir même pas en quoi consistait le motif de votre accusation. Vous êtes là, impuissants, incapables même de prononcer le moindre mot en votre faveur.
Néanmoins, je ne vous en veux pas. Je comprends votre répression. Et je comprends que nous autres lecteurs niais avons été manipulés à bon escient pour parfaire à une ruse contre l’Etat. Ca passe inaperçu, c’est bénin, innocent, et pourtant l’unité fait la force d’un message voulu être inséré. Les rumeurs qui se propagent inquiètent l’Etat,…
Printemps arabe, révolutions,… ces interfaces sociales telles Facebook et Twitter qui n’ont sans cesse fait vibrer le sol de votre quiétude.
Depuis quand y’a –til une loi qui interdit la lecture dans une place publique ? Sotte que j’étais pourtant. Je n’avais même pas demandé si le collectif de « Nod Te9ra » avait une permission de l’Etat pour son évenement. Oui, ceci était ma faute.
Non seulement je me trouvais privée de mon droit de lire, mais également insultée et écrasée par une personne de l’autorité qui me refusait mon droit de savoir.
En tant que citoyenne, j’ai le droit de connaître le motif pour lequel on m’accuse, j’ai le droit de m’asseoir sur un banc de la Place public et retirer mon livre en toute sécurité.
Bon sang ! Nous ne sommes plus dans les années de Plomb et de Répression.
De quelle démocratie parlons-nous ?, si ce n’est la démocratie de la répression. La répression équitable j’entends. J’ai eu le même sort que mes confrères.
J’ironise mes amis. J’ironise. J’ironise parce que l’ironie est le remède du tourment.

Messieurs, écoutez-moi bien.
J’étais aujourd’hui à la Place de la Poste de Rabat dans un seul but : lire et lire uniquement.
Mon rêve est de voir le Maroc un jour, peuplé de gens instruits et avides de savoir, défendant leur pays, leur Roi et leurs principes et traditions.
Pour tout vous dire, aujourd’hui c’est cette confrontation à la réalité qui me fait le plus peur.
A force de rêver on finit par se casser la figure.
Le fameux désormais dicon de la société marocaine « Be3ed 3la lpolitique » pour arroser les ardeurs des insurgés.
Politique d’abrutissement de masse ou pas, je n’en comprend plus la logique.

Je respecte le Roi, je défends ma religion avec ferveur et je ne suis on ne peut plus patriotique…
Mais en retour, et en tant que membre de ce pays, je me retrouve la dignité souillée, salie, entâchée par tant de mépris.
J’applique la méthode « Œil pour œil, dent pour dent » ? On s’en retrouverait tous infirmes à la fin (Merci Ghandi).

Je vous répète, messieurs dames, j’étais venue pour lire, lire et lire uniquement.
Par amour. Par zèle. Par folie de lecture.
Mais ma décision est prise.

HANI HANE 9RA FDARNA A SIDI.

Challenge Eric-Emmanuelle Schmitt


Un coup de tête, et me voilà engagée dans un nouveau challenge organisé par Un chocolat dans mon roman. Cette fois-ci, il s’agit de découvrir une ou plusieurs oeuvres d’Eric Emmanuel Schmitt, et j’avoue que cet auteur me tentait depuis un moment, ou du moins, depuis que j’ai lu son Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran qui fait partie de sa trilogie Le Cycle de l’Invisible. L’auteur a une écriture simple, pas très recherchée, mais très tendre. Ce ne serait certainement pas un écrivain coup de coeur pour moi (parce que je suis très (très) exigeante) mais il vaut la peine à mon avis 😀

Alors, en revenant au challenge. Il se tient du 5/02/2012 au 5/02/2013. Et à cette date les participants qui auront réussi leur challenge recevront un petit cadeau (wahou, j’adore les cadeaux!). Choco a pensé à trois catégories:

– Découverte : un roman + un autre écrit au choix

– fidèle lecteur : un roman + un ouvrage du cycle de l’invisible + un autre écrit au choix

– Fan de la première heure: deux romans + un ouvrage du cycle de l’invisible + un autre écrit au choix

… mais je me trouve surtout intéressée par la troisième (j’aurai préféré qu’il s’agisse de tout le cycle de l’invisible mais c’est toujours un plus pour les gourmands heureusement :D)
Par contre, je ne sais pas encore les titres que je choisirai, mais du moment que j’ai La Part de l’autre dans ma PAL, je suis sûre de commencer avec!

Merci Choco! On se retrouve en 2013 j’espère 😀

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